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17/01/2009

"Miser sur le pragmatisme du Belge"

La période "Salon" compte, en moyenne, pour 15 pc des ventes de voitures annuelles. Parviendra-t-il à conserver un tel impact dans le contexte de crise ?

Entretien

Pierre-Alain De Smedt préside la Febiac, la Fédération belge de l’industrie de l’automobile et du cycle. Il revient sur le contexte très particulier entourant le Salon de l’Auto 2009.

Malgré sa tradition de moment clé pour le secteur et les nombreuses offres commerciales qu'il charrie, le Salon pourra-t-il échapper au climat morose actuel ?

De nombreux échos témoignent en tous les cas d’une diminution de l’envie d’acheter et de difficultés de plus en plus nettes pour obtenir un crédit. Les showrooms se dégarnissent, et les ventes ont sérieusement chuté en novembre et décembre. Les portes s’ouvrent donc dans un climat de perplexité et d’incertitude.

Le secteur de l'auto belge s'en est pourtant mieux tiré que d'autres en 2008...

Il y a, en effet, un paradoxe propre à notre pays : sur l’ensemble de l’année 2008, les ventes ont progressé de plus de 2 pc, avec 536 000 immatriculations de voitures neuves. Ce qui engendre ni plus ni moins qu’un nouveau record absolu, effaçant celui de 2006 ! Mais depuis novembre, les nuages s’amoncellent bel et bien au-dessus de notre secteur. Les prévisions les plus pessimistes évoquent une chute des ventes de 20 à 25 pc pour 2009.

Sur quels facteurs les exposants peuvent-ils compter pour éviter le fiasco durant le Salon ?

Il y en a trois. Le fait que 50 pc de la flotte belge proviennent du leasing donne au secteur un potentiel de stabilité énorme, de même qu’un turn-over assuré.

Il ne faut pas non plus oublier l’attraction des nouveautés. Le public belge en découvrira 120, dont de nombreuses dans les véhicules de loisirs.

Et puis, il y a le pragmatisme belge : le client sait profiter des opportunités et se tourne de plus en plus vers des cylindrées plus petites, moins polluantes et souvent moins chères. On l’observe aussi en France, où les ventes de "petites économiques" ont augmenté de 44 pc. Ceci dit, la crise ne créera pas, ou plus, des offres folles telles que celles de l’importateur Cardoen, qui offrait deux voitures pour le prix d’une. La plupart des constructeurs ont prévu la chute des ventes et ont ajusté leur production. Sans cela, ils courent à la catastrophe.

L'écologie tenait le haut du pavé l'an dernier. La crise n'a-t-elle pas relégué ce thème aux oubliettes ?

Non. Ce n’est plus le thème avoué, mais l’ensemble des gammes, y compris les utilitaires lourds, continue à devenir de moins en moins polluants. Les poids lourds étaient dans le collimateur de l’émission "Questions à la Une" de la RTBF, récemment. Mais il me semble légitime de souligner aussi que nous entrerons en septembre 2009 dans la norme EURO 5. Ce cap signifiera une baisse de 96 pc des émissions de particules fines en 15 années. Le secteur continue d’investir énormément dans ces avancées technologiques et il ne se moque pas des clients lorsqu’il parle d’améliorations écologiques. Nous attendons aussi des gestes de la part des autorités.

Lesquels ?

Le marché automobile français fait mieux que certains autres marchés des pays développés en raison du bonus écologique, et de la toute récente prime à la casse. Ce sont là deux coups de pouce du gouvernement. La fiscalité verte n’existe que partiellement en Belgique. Le système wallon se base sur les émissions de CO 2 , tandis que la Flandre et Bruxelles lui préfèrent la notion d’Ecoscore.

Il faudrait harmoniser tout cela et renforcer l’armature législative en faveur des achats de voitures plus petites et moins polluantes.

Par OLIVIER STANDAERT

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